Se sociofinancer sans se briser le nez

Écrit par Judith Lussier

Le mercredi 9 mars 2016

Depuis la fin des années 2000, le sociofinancement fait partie des options financières de tout bon projet. Un film oscarisé, un système de navigation à bicyclette, un théâtre, et même une salade de patates (liens en anglais) ont été sociofinancés. Parmi mes connaissances, j'ai vu plusieurs personnes réussir à financer leurs projets les plus fous grâce à Indiegogo,Kickstarter ou Haricot. Mais encore faut-il y mettre du sien. J'en ai aussi vu plusieurs se casser royalement le nez et abandonner après avoir récolté une fraction de leur objectif. Comment faire pour que des efforts de financement participatifs soient concluants?

« Il faut arrêter de croire à la théorie de la baguette magique. Ce n'est pas parce que c'est sur le web que ça va nécessairement marcher », affirme Thomas Duperré, cofondateur de Haricot. Tony Asimakopoulos a fait sociofinancer son prochain film, A Walk in Park Ex (lien en anglais), et il a même réussi à dépasser son objectif, mais il sait combien cela demande de l'énergie. « Il faut investir énormément de temps pour promouvoir et créer toujours du nouveau contenu, pour rappeler aux gens que la campagne existe, et leur donner de nouvelles raisons d'y contribuer. C'est très intense », dit-il.

Créer des nouveaux angles d'attaque a probablement contribué au succès de l'opération. «Il faut préparer des angles différents pour intéresser différentes personnes», confirme Thomas Duperré. « Vous devez bien expliquer le projet, à quoi va servir l'argent, et trouver des motivations pour y contribuer ».

Pour ce faire, plusieurs produisent de courtes vidéos. « Je suis contre l'idée qu'il faille dépenser de l'argent pour la promotion. Les vidéos qui fonctionnent sont celles qui sont honnêtes et auxquelles les gens peuvent s'identifier. Vous pouvez vous filmer avec un téléphone et ça va marcher. Une vidéo froide super bien produite qui ne révèle rien ne génère absolument rien », estime le cofondateur de Haricot.

Tout ça doit être pensé en amont. « On recommande aux gens de consacrer autant d'énergie à leur précampagne qu'à leur campagne. Si la campagne dure 45 jours, ils devraient passer 45 jours à la préparer », dit Thomas Duperré. Cette étape servira à planifier le plan de communication, fixer un objectif, et prévoir les récompenses, qui sont partie intégrante du concept de sociofinancement.

Tony Asimakopoulos regrette de ne pas avoir pris pleinement le temps de mesurer ces détails. « J'ai promis un DVD à trop de monde alors que les plus petits contributeurs auraient dû n'avoir accès qu'à un téléchargement. Et j'aurais pu fixer un objectif au moins trois fois supérieur. Faute de temps, je n'avais pas fait assez de recherche. J'avais des attentes trop basses, et j'ai trop promis », résume-t-il.

Mais qu'est-ce qui explique que son projet ait suscité autant d'enthousiasme? « Il s'agit d'un projet touchant directement la communauté du quartier Parc Extension, qui parle d'elle et qui lui est destiné », dit-il. « Les gens contribueront à un projet qui les interpelle », confirme Thomas Duperré. C'est un peu la base.

Partager