Tuning out market noise
Les marchés bougent vite et les manchettes changent rapidement. Un jour, l’optimisme règne; le lendemain, un commentateur à la télévision annonce la débâcle — et pourtant, on attend des personnes qui investissent qu’elles gardent leur calme et prennent de bonnes décisions.
Ce flux constant d’informations crée ce qu’on appelle le bruit du marché : des variations à court terme provoquées par les cycles d’actualité, la spéculation et les réactions en temps réel. Cela peut sembler urgent, mais la plupart du temps, cela ne reflète pas la direction à long terme de vos investissements.
Le vrai défi n’est pas de comprendre ce qui se passe; c’est de savoir à quoi il faut prêter attention et à quoi ne pas prêter attention.
Qu’est‑ce que le « bruit du marché »?
Le bruit du marché, ce sont toutes ces hausses et baisses à court terme qui paraissent importantes sur le moment, mais qui, vues sur le long terme, le sont rarement.
Il se manifeste par des variations de prix soudaines, des manchettes dramatiques ou des mouvements brusques qui ne reflètent pas nécessairement les perspectives à long terme d’un investissement.
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Tous les mouvements ne signifient pas qu’un changement fondamental est survenu. Une entreprise ne devient pas plus forte ni plus faible du jour au lendemain parce que son action baisse pendant une journée et l’économie ne subit pas de récession à chaque mauvais grand titre.
Voilà la différence entre le bruit et les vraies tendances. Le bruit est de court terme et réactif. Les vraies tendances sont plus lentes, plus stables et liées à ce qui se passe réellement sous la surface.
L’objectif n’est pas d’éliminer complètement le bruit du marché; c’est d’apprendre à le reconnaître pour qu’il ne vous détourne pas de votre trajectoire.
Sources courantes du bruit du marché
Le bruit n’apparaît pas sans raison. Il est souvent lié à quelque chose qui retient l’attention sur le moment. Voici quelques exemples :
- Manchettes quotidiennes et spéculation. Les marchés réagissent parfois trop vite aux nouvelles. Les manchettes sont conçues pour vous inciter à réagir, et non à vous fournir un contexte. Une histoire spectaculaire peut faire bouger les prix un jour ou deux, puis s’estomper.
- Annonces de résultats. De petites surprises peuvent déclencher de fortes réactions, même si la santé globale de l’entreprise n’a pas changé.
- Engouement sur les réseaux sociaux. Les actions à la mode et les « tuyaux » viraux peuvent créer des poussées à court terme, déconnectées de la réalité.
- Événements mondiaux. Les développements politiques, conflits ou catastrophes naturelles peuvent secouer les marchés à court terme. Certains ont un effet durable, alors que beaucoup n’en ont pas.
Pourquoi il faut ignorer le bruit
Le bruit n’est pas seulement distrayant : il peut freiner la croissance de votre argent.
Une meilleure approche consiste à se concentrer sur ce qui bâtit réellement le patrimoine : la capitalisation, c’est‑à‑dire quand vos rendements génèrent à leur tour des rendements. Toutefois, elle ne fonctionne que si vous maintenez votre investissement.
Entrer et sortir du marché, ou réagir à chaque baisse et à chaque manchette peut freiner cette croissance et rendre l’atteinte de vos objectifs plus difficile. Voici à quoi peut ressembler le fait de garder le cap :
10 000 $ investis à un rendement annuel moyen de 7 %*
Après 10 ans | 19 671 $ |
|---|---|
Après 20 ans | 38 697 $ |
Après 30 ans | 76 123 $ |
* Exemple à titre informatif seulement; suppose un taux constant, capitalisé annuellement, sans frais.
Prédire chaque mouvement est difficile, même pour les personnes qui prétendent en savoir plus.
Comme le milliardaire Warren Buffett (en anglais) l’a dit : « Je ne pense pas pouvoir gagner de l’argent en prédisant ce qui va se passer la semaine prochaine ou le mois prochain. Je pense pouvoir gagner de l’argent en devinant ce qui se passera au cours des dix prochaines années. »
À retenir : Le bruit du marché est temporaire et imprévisible. La vraie croissance demande du temps et de la patience.
Pièges courants et biais comportementaux
Comprendre le bruit du marché, c’est une chose. L’éviter en est une autre, surtout quand les émotions humaines s’en mêlent.
Vente par panique
Quand les marchés baissent, on a parfois l’impression que cela ne peut qu’empirer. Certaines personnes vendent pour « limiter leurs pertes », mais ratent ensuite la reprise qui peut suivre.
Elles vendent ainsi à bas prix et rachètent plus cher, et peuvent aussi manquer les meilleures journées du marché, qui ont tendance à survenir de façon inattendue1.
Suivre les tendances
Une action est soudainement partout — dans les nouvelles, sur les réseaux sociaux, dans les discussions WhatsApp — et on a l’impression de rater quelque chose. Cette peur de manquer le bateau peut pousser des gens à acheter dans la frénésie, souvent juste au moment où les prix montent.
C’est du déjà vu : des actions-mème et des cryptomonnaies aux FNB à la mode qui montent, puis redescendent tout aussi vite. Quand les gens se décident enfin à faire le saut, les prix sont déjà élevés et quand la frénésie retombe, les prix font souvent de même.
La chasse aux rendements passés
Ce qui a eu un bon rendement l’an dernier ne répètera pas nécessairement l’exploit l’an prochain. Par exemple, le FNB ARK Innovation est monté en flèche en 2020 (en anglais), puis s’est effondré en 2022, laissant les retardataires avec des pertes.
Une stratégie solide ne se construit pas sur les gagnants de l’an passé; elle repose sur l’équilibre et la constance.
Chronométrer le marché
Tenter de profiter de chaque hausse et d’éviter chaque baisse, c’est comme tenter de déjouer tout le marché — tôt ou tard, quelque chose vous passe entre les jambes. En fait, certaines études suggèrent que la plupart des personnes qui essaient d’anticiper le marché performent moins bien que celles qui achètent et conservent leurs actifs (en anglais).
Même les gens d’expérience tombent parfois dans ce piège.
« En 2021, j’ai gagné un misérable 6 % au cours d’une année où tout — absolument tout — a monté, et mettre mon argent dans un FNB mondial m’aurait rapporté 23,5 % en sterling, » a déclaré le professeur de finance Joseph Taylor dans un article Morningstar (en anglais) de 2025. « Pourquoi est-ce arrivé? Parce que j’ai agi comme un idiot. J’ai fait trop de transactions et j’ai accumulé d’énormes frais de courtage. »
Suractivité
Vérifier son portefeuille tous les jours et réagir à chaque mouvement peut sembler payant, mais ce n’est généralement pas le cas. Pourquoi? Parce que plus vous suivez le marché de près, plus vous risquez de réagir à chaque manchette ou fluctuation à court terme.
C’est aussi plus facile que jamais de tomber dans ce piège. Avec les plateformes d’investissement en libre-service, vous pouvez consulter votre portefeuille, transférer des fonds et passer des ordres en quelques secondes, sans appels, complications, ni remords.
Betterment, un robot-conseiller américain, en a fait l’expérience (en anglais). Pendant les baisses, il envoyait des courriels pour encourager sa clientèle à rester calme. Ces messages ont au contraire augmenté l’anxiété de certaines personnes et les ont rendues plus susceptibles de prendre de mauvaises décisions.
Conclusion : En matière d’investissement, multiplier les activités ne garantit pas de meilleurs résultats.
Tenter de manipuler le marché
Certaines personnes ne se contentent pas d’essayer d’anticiper le marché; elles tentent de le faire bouger.
Nous l’avons constaté lors de la frénésie GameStop en 2021 (en anglais), lorsque des opérateur·trice·s en bourse sur des forums en ligne comme WallStreetBets sur Reddit se sont mutuellement encouragé·e·s à acheter des actions et à faire grimper les cours. À mesure que les cours grimpaient, de plus en plus de personnes se sont lancées. Lorsque les cours ont fini par chuter, plusieurs retardataires ont subi des pertes.
De tels moments peuvent donner l’impression qu’il est possible de manipuler le marché. En réalité, ces situations sont rares, imprévisibles et difficiles à reproduire.
Les biais cognitifs susceptibles d’amplifier le bruit
Même lorsque nous essayons de rester rationnel·le·s, nos instincts comportementaux peuvent nous jouer des tours.
- Le biais de récence. Ce qui vient de se passer nous donne l’impression de ce qui va se passer ensuite. Ce raisonnement peut conduire les gens à réagir de manière excessive : vendre en période de baisse, courir après une reprise ou tenir pour acquis que la dernière tendance va se poursuivre.
- La mentalité de troupeau. Si tout le monde achète ou vend, c’est sûrement la bonne décision… n’est-ce pas? Cet instinct peut amener les gens à s’écarter de leur stratégie : acheter lorsque l’engouement est à son comble et vendre lorsque la peur prend le dessus.
- L’excès de confiance. Certaines personnes croient pouvoir battre le marché, en choisissant les bonnes actions ou en l’anticipant, mais, à moins d’avoir des pouvoirs de voyance, il est extrêmement difficile de réussir systématiquement.
Étude de cas : quand le bruit influence les décisions
Au début 2020, la pandémie de COVID-19 a frappé et les marchés ont réagi rapidement. Les pays se sont confinés, les entreprises ont fermé et l’incertitude a atteint des sommets. De décembre 2019 à mars 2020, le marché boursier américain a chuté d’environ 20 % (en anglais). Beaucoup ont vendu par panique.
Puis, à mesure que les gouvernements intervenaient et que les attentes évoluaient, les marchés ont rebondi, et ce, rapidement. Après avoir atteint leur plus bas niveau en mars, ils ont bondi, notamment l’indice S&P 500 qui a gagné plus de 60 % à la fin de l’année 2020 (en anglais).
Quelle leçon en tirer? Ne paniquez pas et ne vendez pas en période de baisse. Personne ne peut prédire à quelle vitesse les marchés se redresseront.
Les baisses de marché font partie intégrante de l’investissement, et l’histoire montre que les marchés se sont toujours redressés au fil du temps (en anglais).
Stratégies pour faire taire le bruit du marché
Vous n’avez pas besoin d’une boule de cristal. Il vous faut un système.
Élaborez un plan — et tenez-vous-y
Un plan financier et un budget vous aident à rester stable quand les marchés tanguent. Fixez vos objectifs — retraite, maison, patrimoine à long terme — et un calendrier.
La fonctionnalité Patrimoine de Tangerine offre à sa clientèle une vue d’ensemble de la situation financière, couvrant les actifs et les passifs, la composition du portefeuille et l’évolution des rendements.
LIRE PLUS : Célébrer les micro-défis peut vous aider à atteindre vos objectifs financiers
N’anticipez pas le marché
Parier sur le fait de déjouer le marché revient à jouer aux machines à sous : vous pourriez avoir de la chance, mais ce n’est pas une stratégie.
Connaissez votre tolérance au risque
Comment réagissez-vous face aux fluctuations du marché? Votre portefeuille devrait en tenir compte.
Si une baisse du marché vous donne envie de vendre vos investissements et d’accumuler des liquidités, comme on le faisait avec le papier toilette au début de la pandémie, il serait peut-être judicieux de consulter un·e conseiller·ère pour réévaluer votre tolérance au risque, en tenant compte de vos objectifs d’investissement et de votre horizon temporel.
En revanche, si vous êtes à des années (voire des décennies) d’atteindre vos objectifs financiers et que vous pouvez supporter la volatilité du marché sans éprouver de malaise, vous pourriez envisager de revoir le niveau de risque de votre portefeuille, en ajustant la composition de vos actifs afin de potentiellement le faire croître plus rapidement.
L’essentiel est de trouver un équilibre qui vous convienne.
Diversifiez, diversifiez, diversifiez
Répartissez vos investissements entre secteurs, types d’actifs et régions. La diversification ne garantit pas un profit et n’élimine pas le risque de perte, mais elle peut atténuer les chocs sur une partie du portefeuille.
Un portefeuille équilibré pourrait ressembler à ceci :
- 60 % d’actions
- 30 % d’obligations
- 10 % en espèces ou quasi-espèces
Les obligations et les actions ont tendance à réagir différemment aux conditions du marché; elles peuvent donc servir de couverture l’une par rapport à l’autre, tandis que les espèces et quasi-espèces peuvent contribuer à atténuer la volatilité des autres composantes de votre portefeuille.
Réjouissez-vous des baisses du marché
Cela peut paraître paradoxal, mais les baisses à long terme (souvent appelées « marchés baissiers ») peuvent jouer en votre faveur.
Lorsque les cours baissent, vous pouvez acheter plus d’actions à moindre coût. Considérez cela comme une occasion en or! À long terme, cela peut potentiellement dynamiser votre portefeuille lorsque les marchés se redresseront.
Bien sûr, cette stratégie ne fonctionne que si vous avez du temps. Si vous avez besoin de votre argent rapidement (p. ex. pour la retraite), la stabilité prime sur la recherche de la croissance.
Une fois le tout en place, n’oubliez pas d’y revenir
Si vous souhaitez éliminer l’émotion de vos investissements, l’automatisation est votre meilleure alliée. Mettez en place des cotisations régulières et laissez-les fonctionner en mode pilote automatique. Cette approche — souvent appelée « achats périodiques par sommes fixes » — consiste à investir un montant fixe à intervalles réguliers, quelle que soit l’évolution du marché.
Filtrez les actualités et les données (sérieusement)
Vérifier votre portefeuille quotidiennement ou suivre sans cesse l’actualité est le meilleur moyen de remettre en question vos décisions. Envisagez de faire ceci à la place :
- Jetez-y un coup d’œil de temps en temps.
- Fiez-vous à des sources fiables et méfiez-vous des conseils financiers prodigués par l’IA.
- Faites attention avec les réseaux sociaux, les influenceur·euse·s financier·ère·s et les « tuyaux ».
Ce n’est pas parce qu’une information est disponible qu’elle est exacte ou utile.
Surveillez les tendances sans surréagir
Vous pouvez écouter le bruit d’une oreille, sans vous laisser emporter.
- Surveillez stratégiquement. Évitez les vérifications quotidiennes. Concentrez-vous sur la progression à long terme, et non sur les fluctuations à court terme. Si vous surveillez constamment les cours, chaque baisse vous semblera plus importante qu’elle ne l’est réellement.
- Vérifiez sans réagir. Vérifier ne signifie pas agir. Utilisez les bilans pour rééquilibrer votre portefeuille ou vous assurer de ne pas perdre de vue vos objectifs.
- Faites preuve de patience. Les marchés grimpent et baissent, et c’est normal. L’important est de ne pas oublier vos objectifs.
- Tirez les leçons de votre expérience. Repensez à vos réactions face aux fluctuations passées du marché. Avez-vous gardé le cap ou vous êtes-vous écarté·e de votre objectif? Servez-vous de ces leçons pour adopter de meilleures habitudes à l’avenir.
Baissez le volume
Rappelez‑vous la vidéo virale du blaireau : l’idée est qu’il est considéré comme l’animal le plus intrépide de la planète, non pas parce qu’il a des crocs ou des griffes acérés, mais parce qu’il « s’en fout ». Il reste totalement concentré sur ses objectifs, sans tenir compte du chaos qui l’entoure.
Quand il s’agit d’investir, inspirez-vous du blaireau : mettez vos émotions de côté, ne vous laissez pas distraire par le bruit du marché et concentrez-vous sur vos objectifs financiers. Et si les émotions reviennent? Automatisez et gardez le cap.
LIRE PLUS : L’investissement : un guide pour les débutants
1 Hallam, Andrew. Millionaire Teacher: The Nine Rules of Wealth You Should Have Learned in School, page 90.