Charité : choisir ses combats

Écrit par Judith Lussier

Le vendredi 5 février 2016

Depuis quelques semaines, le terminal de paiement automatique de mon épicerie me sollicite régulièrement pour que j'ajoute 2 $ à ma facture en guise de don aux enfants malades. Invariablement, je passe mon tour, non sans un pincement au cœur. Ce n'est évidemment pas que je souhaite que les enfants continuent de mourir d'atroces maladies, mais plutôt que, l'argent n'étant pas une ressource illimitée, je choisis minutieusement les causes dans lesquelles je souhaite investir.

C'est peut-être une déformation professionnelle : étant journaliste, j'aime faire quelques recherches avant d'appuyer un organisme de bienfaisance. Ma hantise est d'apprendre après coup que celui-ci soit fondé sur une idéologie contraire à mes valeurs, que l'argent soit mal investi, ou pire, que la cause défendue ne soit pas aussi noble qu'on le laisse entendre. Un reportage a déjà révélé qu'un organisme clamant venir en aide aux enfants du tiers-monde faisait davantage la promotion d'une religion.

J'ai donc demandé à Caroline Bergeron, responsable du certificat en gestion philanthropique de l'Université de Montréal, quelles vérifications faire avant de confier son argent à un organisme de bienfaisance.

« Tout d'abord, vérifiez que l'organisme existe et qu'il est dûment enregistré comme organisme de bienfaisance. Avec le numéro de charité, on a accès à plusieurs informations sur le site de l'Agence du revenu du Canada (ARC) », explique la professeure. La détention d'un numéro de charité est d'ailleurs la condition à remplir pour pouvoir remettre des reçus aux fins d'impôts.

Parmi les informations fournies sur le site de l'ARC, on retrouve les programmes, la masse salariale, et les revenus et les dépenses de l'organisme. « Il est délicat d'analyser les revenus et les dépenses d'une organisation caritative, car certaines activités de financement sont plus coûteuses que d'autres. Mais dans l'ensemble, un organisme ne devrait pas consacrer plus de 30 à 35 % de ses frais à l'administration », explique madame Bergeron.

Pour mieux comprendre la répartition des dépenses, vous pouvez aussi consulter le site internet de l'organisme. Vous y trouverez habituellement un rapport annuel détaillant les activités financées par vos dons. « Vérifiez à qui profite la cause, quel pourcentage est consacré au programme qui vous intéresse, et quel type d'aide est offert », recommande madame Bergeron. Par exemple, si on donne à une cause pour le cancer, on peut vouloir aider principalement les personnes atteintes par la maladie, ou plutôt financer la recherche. Les deux sont valables, mais selon nos valeurs, ça orientera nos choix ».

Finalement, Caroline Bergeron ne recommande pas de donner à une cause qu'on ne connaît pas lors d'une sollicitation au téléphone ou dans la rue. « Vaut mieux faire ses vérifications avant », dit-elle. Mais en ce qui concerne le petit 2 $ demandé à la caisse de mon épicerie, il est bien inoffensif, croit Caroline Bergeron. « Il ne s'agit que de la pure charité faisant simplement partie de la trame de notre entraide collective », dit-elle. Voilà, je n'ai plus d'excuses!

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