L'ABC des finances personnelles
Écrit par Nick Patch

Le jeudi 9 septembre 2021

Il y a une limite à ce que l'on peut apprendre — et gagner — d'un kiosque de limonade.

Sur le plan des connaissances financières, de nombreux Canadiens semblent avoir du chemin à faire. C'est pourquoi, cet automne, un grand nombre de commissions scolaires du pays prévoient lancer de nouveaux programmes d'études visant à aider les élèves du primaire et du secondaire à mieux maîtriser des notions d'argent et de finances personnelles.

Si les parents sont prêts à y consacrer du temps, il est toutefois possible d'enseigner les principes d'une bonne gestion de l'argent avant que le sujet ne soit abordé en classe. Les jeunes de tous âges peuvent apprendre de précieuses leçons sur l'argent à la maison.

« Nous croyons qu'il faut démystifier l'argent », explique Matt Beauchamp, un père de deux enfants de Calgary qui blogue sur sa vie de famille sur le site Dashing Dad (en anglais).

Matt a été élevé dans un environnement où les questions d'argent étaient pratiquement « taboues ». Lorsqu'il s'agissait du salaire de ses parents, de leur hypothèque, de leur budget ou de la manière dont ils parvenaient à faire tourner la machine, Matt était dans l'ignorance.

C'est pourquoi lui et sa femme, Jane, ont décidé d'élever leurs enfants — Clara, 4 ans et Ryker, 2 ans — avec la ferme intention de lever le voile sur les finances et d'avoir de francs dialogues à propos de l'argent.

« Nous avons pris cette décision dans l'espoir qu'en grandissant, nos enfants comprendront non seulement ces concepts, mais qu'ils n'auront aussi pas peur de nous poser des questions. »

Dans cette optique, voici quelques‑unes des méthodes que vous pouvez utiliser pour aider les jeunes de tous âges — qu'ils soient aux couches ou en résidence universitaire — à mieux comprendre comment gérer leur argent.

Un petit bout de chou qui sait épargner


Âge : 5 ans et moins

Leçon : Comment dépenser, épargner et partager

Un enfant d'un an a plus de chances d'avaler une pièce de monnaie que de comprendre ce qu'il est censé en faire. Mais certains pensent que peu après que votre enfant ait atteint l'âge de marcher, il pourrait être utile de lui donner de l'argent de poche.

Oui, certains parents choisissent d'offrir de l'argent de poche à cet âge. Le principe de base est de donner chaque semaine le même montant que l'âge de l'enfant. Trevor Van Nest, planificateur financier agréé et propriétaire de Niagara Region Money Coaches, recommande de verser cet argent de poche en pièces de 25 cents et de doter les enfants de tirelires distinctes pour « dépenser », « épargner » et « partager » afin qu'il puisse commencer à prendre des décisions financières — et à faire des erreurs — le plus tôt possible.

« Les enfants n'apprennent pas par la théorie », dit‑il. « Avec les tout petits, c'est vraiment important que vous les laissiez dépenser leur argent comme ils le veulent. Ils prendront des décisions assez farfelues et ça, c'est très important. Les erreurs, vous voulez qu'ils les fassent maintenant. »

En effet, Matt Beauchamp donne 4 $ par semaine à sa fille de quatre ans, puis profite de ce petit salaire pour lui faire comprendre le temps qu'il faut pour acheter les choses qu'elle désire. Par exemple, la chambre à air de 10 $ qu'elle voulait acheter pour s'amuser au lac près de leur nouvelle maison à Calgary ? C'est deux semaines et demie d'épargne.

Entre‑temps, la nouvelle voiture qu'elle a revendiquée — « rose, il faut qu'elle soit rose » — pourrait prendre un peu plus de temps.

« Nous tentons de simplifier les choses », raconte Matt. « Dès que ça devient un peu plus complexe, elle commence à décrocher. »

C'est aussi un bon âge pour expliquer aux enfants pourquoi les parents doivent travailler. Pour Beauchamp, ces conversations ont été particulièrement pertinentes puisqu'il fait du télétravail.

« C'est important de faire le lien entre ce que l'on fait pendant une journée de travail et ce que cela peut apporter à la famille. »


C'est fou qu'on s'amuse avec l'argent


Âge : 6 à 11 ans

Leçon : Esprit d'entreprise 101

Au fur et à mesure que les enfants grandissent et que leurs responsabilités augmentent, ça vaut la peine d'essayer de faire ressortir le côté amusant des finances.

Pour les plus jeunes de ce groupe d'âge, cela peut se traduire par l'utilisation de l'argent de jeu ou de versions juniors de jeux de société comme le Monopoly ou Destins, Le jeu de la vie, explique Cheryl, propriétaire du blogue d'activités et d'organisation de fêtes Moms & Munchkins (en anglais) à Régina.

Lorsque les enfants ont environ huit ans, le moment pourrait même être venu de les aider à combiner jeu et argent en trouvant des moyens amusants de se faire de l'argent — ou peut‑être même en créant de petits entrepreneurs.

« Ma fille n'était pas intéressée par un kiosque de limonade, mais elle adorait m'aider à faire de la pâtisserie », confie Cheryl.

Elles ont donc élaboré un plan pour concocter de délicieuses pâtisseries comme des tourbillons de cannelle et du pain à la citrouille, ont calculé les coûts de la préparation et de l'emballage et ont fixé un prix raisonnable.

« Elle y a mis le paquet avec un peu de direction et d'aide de ma part. En un rien de temps, elle avait des commandes d'amis, de famille et de voisins pour une valeur de plus de 150 $. »

Casey Palmer, un père de famille de Toronto, a initié ses deux garçons au monde du travail à un stade tout aussi précoce.

Palmer ne donne pas d'argent de poche à ses enfants — âgés de 5 et presque 8 ans. Mais il leur donne, en contrepartie, une part équitable des revenus chaque fois qu'ils figurent dans l'une de ses publications populaires sur les médias sociaux.

« Nous discutons ensuite en détail de cet argent et à quoi il servira plus tard — des choses comme l'immobilier ou les études », explique Palmer, dont les articles consacrés à sa famille sont publiés sur caseypalmer.com (en anglais).

« Je veux qu'ils comprennent la corrélation entre l'effort, l'argent et les rendements futurs. »

Il recommande également de faire appel à ce qui intéresse votre enfant pour lui inculquer des leçons sur l'argent. Par exemple, il s'est servi de la passion de son fils pour les Pokémon pour lui apprendre ce que sont les actions.

« Je lui ai dit que si l'on est un inconditionnel de Nintendo, de Game Freak et des entreprises qui fabriquent les Pokémon, et que l'on pense qu'elles sont en croissance, on peut y investir de l'argent dès maintenant, en anticipant que leur valeur va augmenter. »

« Il a commencé à se rendre compte que le fonctionnement de l'argent et de l'économie est très complexe. »


Passez GO et réclamez 200 $


Âge : 12 à 17 ans

Leçon : Jouer avec de l'argent… pour vrai

L'adolescence peut donner lieu à une augmentation importante de l'argent de poche — et des responsabilités.

Van Nest conseille de passer des versements hebdomadaires à une allocation mensuelle importante — d'un maximum de 200 $ — couvrant les repas entre amis, les vêtements pour l'école, les téléphones cellulaires, etc. De cette façon, les jeunes doivent établir un budget sur une plus longue période.

« Il s'agit en fait de développer des compétences budgétaires. Vous leur donnez une certaine autonomie financière, alors qu'ils vivent encore sous votre toit. »

Mais attention de ne pas accabler les jeunes avec ces nouvelles responsabilités. Aidez‑les à anticiper chaque nouvelle dépense et préparez‑les aux dépenses à venir, comme les études postsecondaires, par exemple.

Une solution pour favoriser une transition en douceur ?

Commencez à donner à vos enfants le contrôle de petits budgets dès un jeune âge. Prenons l'exemple des achats pour la rentrée. Cheryl recommande de dire à votre enfant le montant total que vous êtes prêt à dépenser et de le laisser en faire la répartition convenablement.

« Ce qui m'a surpris, c'est qu'ils deviennent plus éclairés par rapport à l'argent et commencent à faire attention au prix plutôt qu'à ce qui peut paraître cool. »


Vol de tes propres ailes, mon enfant


Âge : 18 à 24 ans

Leçon : Autonomie financière

C'est le moment où l'on s'attend à ce que les jeunes commencent à prendre leur vie en main, mais en réalité, c'est à ce moment‑là que la plupart d'entre eux sont initiés au stress de l'autosuffisance. Une étude récente a révélé que « les Canadiens de 18 à 34 ans ont plus tendance à demander conseil à des proches (59 %) que les autres groupes d'âge » — ce qui signifie que les conseils parentaux peuvent être particulièrement importants à ce stade.

Les experts insistent sur l'importance d'éviter les sauvetages financiers. C'est tellement important que Van Nest encourage même les parents à permettre à leurs enfants d'assumer leurs erreurs financières dès leur plus jeune âge, en prévision des gaffes qui ne manqueront pas de se produire à l'âge adulte.

« L'un des plus beaux cadeaux qu'on peut offrir à nos enfants est l'autonomie financière », poursuit‑il. « En fait, ce n'est pas un cadeau de payer toutes les dépenses de ses enfants. »

Les jeunes qui travaillent, mais qui vivent encore à la maison peuvent payer un loyer, tandis que les parents transfèrent progressivement les autres dépenses comme la voiture, le téléphone et la nourriture. C'est ainsi que Van Nest a élevé ses trois enfants — tous maintenant dans la vingtaine et financièrement autonomes. Enfin, presque autonomes.

« La seule chose qui leur arrive encore d'utiliser est mon compte Netflix », dit‑il en riant. « Je dois parfois envoyer un message texte pour dire : « Décroche. Maman et moi voulons regarder un film. » »

« De mon point de vue, c'est un succès. »

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